Je n’irai pas par quatre chemins.

« La maladroite » est un roman simple et efficace, mais aussi terriblement poignant.

On sait pourquoi on le choisit, pourquoi on le lit, et pourquoi il nous touche.

La maladroite

Diana est la petite maladroite, elle est le double fictionnel de Marina, cette fillette décédée à l’âge de huit ans sous les coups de ses parents en 2009 et dont le procès a ému la France entière en 2012.

L’auteur, Alexandre Seurat, happé par ce terrible fait divers, a choisi d’écrire un roman choral qui s’en inspire fortement et qui met l’accent sur les personnes qui ont croisé le chemin de « Diana ». Ainsi, une multitude de témoignages se succèdent, sans fioritures ni pathos. Des personnes qui ont plus ou moins rapidement compris ce qu’il se passait chez cette petite fille, des personnes qui ont tenté de mettre fin à son calvaire. Et d’autres qui n’ont rien fait, ou si peu. Des proches, des enseignants, des médecins, des assistantes sociales, des gendarmes… sans jamais donner le point de vue des parents.

A cheval entre la fiction et la réalité, ce roman ne dénonce ni n’accable. Il laisse la parole à ces spectateurs de la courte vie de Diana. Il nous laisse entrevoir la façon dont une petite fille défend ses parents tortionnaires, explique chaque bleu, chaque coup, chaque bobo, et rend la dénonciation difficile. Nous sommes émus par le désir d’amour de cette fillette adorable, qualifiée de maladroite et de « sacrée cascadeuse », qui se construit un univers, une bulle où la vie est plus jolie. Elle rit trop fort, parle trop vite, elle tente d’exister.

Diana est la seule, parmi les quatre enfants du couple, qui est battue et torturée. Elle est l’enfant souffre-douleur, l’enfant martyre.
Elle fut abandonnée sous X à sa naissance, mais sa mère décida de la reprendre un mois plus tard sous la pression familiale. Elle est arrivée quand tout allait mal, quand ses parents étaient séparés, quand sa mère était au plus bas. Son prénom a été choisi à la va-vite.
Diana représentera alors le mal-être existentiel du couple qui se reformera malgré tout, et c’est désormais sur elle qu’ils déverseront tous leurs problèmes, toute leur folie.

Le frère aîné de Diana tient une place importante dans le roman. Car c’est lui qui devra souvent justifier les absences de sa sœur à l’école, qui devra répondre aux questions, qui sera utilisé par ses parents pour les couvrir. C’est aussi lui qui termine le roman en expliquant qu’il ne pouvait rien faire de par son jeune âge, qu’il ne comprenait pas toujours tout ce qu’il se passait à la maison. Il imagine ce qu’ils auraient pu être tous les deux, s’ils avaient été vraiment frère et sœur, s’ils avaient eu la même enfance, s’ils s’étaient réellement connus, s’ils avaient pu naître dans une famille normale.

A l’annonce de son soi-disant enlèvement dans les médias, certains intervenants la reconnaissent, malgré son visage bouffi, et savent qu’il est déjà trop tard.

La nuit de sa mort, « Diana » aura été violemment battue dans la baignoire quelques heures auparavant, jusqu’à en faire un éclat dans l’émail. Et avant d’aller se coucher dans le sous-sol, elle aura malgré tout eu la force de dire « Bonne nuit maman, à demain ».

 

Le sujet est très difficile, mais il n'est pas question de mettre l'accent sur les sévices, ce qui serait terrible à lire. Ce roman nous amène à y réfléchir plutôt. J'ose espérer qu'après cette lecture, chacun se dira "je ne resterai jamais les bras croisés face à des doutes avérés sur un cas de maltraitance". Pour ne pas se dire qu'avec des "si", on aurait pu sauver la vie de l'enfant concerné.

 

Cette lecture s’est déroulée dans le cadre des Matchs de la Rentrée Littéraire organisés par PriceMinister - Rakuten Group. Je les remercie de nous faire découvrir chaque année de nouveaux ouvrages, de nouveaux auteurs, et des histoires qui nous touchent souvent.

Auparavant, j'ai pu lire ceci, cela et celui-là.

#MRL15 #PriceMinister

"La maladroite", Alexandre Seurat. Editions du Rouergue, 2015.